Les bronzés aux Championnats d'Europe

Les bronzés aux Championnats d'Europe
Tant de choses à dire et si peu de temps pour les écrire ...

A peine rentrés d'Azeitao, nous nous préparons pour prendre le chemin de Tarbes où nous ferons, avec Mistral, le gala du festival "Equestria".

Je vous raconterai donc le Portugal ainsi que Tarbes plus en détails à notre retour, le 3 août.

Nous terminons 4ème par équipe. Mistral aura été attentif, appliqué, serein, il m'aura donné, au moins le premier jour, le meilleur de lui-même ... Après la A7, nous attendions les notes sans la moindre inquiétude, Philippe piétinait devant le panneau d'affichage ... Jusqu'à ce que nous restions sans voix. Les notes n'ont pas été au rendez-vous, pourtant Dolf Keller et des cavaliers hollandais sont venus nous féliciter pour la qualité de nos deux reprises ... Le dressage c'est aussi ça : Pouvoir comprendre l'incompréhensible. Savoir saisir l'insaisissable. Obéir à des règles mouvantes et les accepter ... Surtout, les accepter.

Nous n'aurons donc pas eu les points que nous espérions, mais nous aurons rempli notre contrat : donner le meilleur de notre travail après 6 mois de vie commune, sans subir la pression, sans lâcher prise. Nous aurons déroulé des reprises fluides, sans grosses fautes, sans désordre. Des mouvements qui s'enchaînent facilement, des petites imperfections à travailler encore et toujours, un nouveau cap à passer dans les mois à venir.

Azeitao 2008, ça restera une excellente semaine passée en compagnie de gens formidables. Des fous rires. De beaux souvenirs ... Alors patience, je vous raconterai tout ça ... attendez juste encore un peu ... ;-)


# Posté le mercredi 23 juillet 2008 07:41

Championnats d'Europe 2008 – Azeitao – Portugal.

Championnats d’Europe 2008 – Azeitao – Portugal.
Au fil des ans et parce que chaque fois, l'aventure s'arrêtait-là, dans la dernière ligne droite, c'était devenu une obsession, un but, un combat
- Courir les Championnats d'Europe –

La blessure de Clyde en 2003, de Lambrusco en 2005, la myosite de Donat en 2006, la fin prématurée du voyage avec Joeris l'année dernière ... Je voulais me battre, y arriver coûte que coûte, au moins une fois, juste une, pour récompenser des années de décisions difficiles, d'efforts renouvelés, de sacrifices douloureux. Cette échéance était devenue, pour moi, l'incarnation de la preuve qui me montrerait que, en abandonnant momentanément le théâtre, j'avais fait le bon choix ... Parce que depuis le jour où, tournant le dos au conservatoire, j'ai décidé de prendre la route de Saumur, le doute ne m'a jamais quittée.

Et puis, avec le temps, j'ai fini par baisser les bras, accepté d'avoir peut-être commis une erreur en empruntant le chemin des rectangles de dressage et non celui des plateaux de tournage, renoncé à ce défi que je m'étais lancé, tournée vers de nouveaux horizons ... Du moins c'est ce que je me plaisais à croire. En réalité, je n'ai jamais réellement renoncé, il m'est toujours resté cette petite étincelle d'espoir que l'on se refuse d'admettre mais qui est pourtant bel et bien là, solidement agrippée à votre c½ur, où que vous alliez, quoi que vous fassiez. J'ai voulu me protéger, simplement me protéger lorsque, avec un soupçon de mélancolie et une grande dose de regret, j'ai décidé de laisser ce rêve de côté. Une recette qui laisse un goût amer dans le fond de la gorge, des souvenirs que l'on préfère ranger dans une boîte aux verrous rouillés, une page qui se tourne sans que le point final n'y ait été écrit ...

Il en aura fallu des années ...

Azeitao 2008, cette fois-ci, nous serons du voyage.

Parce que Mistral est devenu bien plus que le vent de l'espoir, il m'a offert la sérénité de la dernière bataille ...

# Posté le jeudi 19 juin 2008 07:53

CDI-YR - Le Touquet - Edition 2008

CDI-YR - Le Touquet - Edition 2008


Nous avions le N°395. C'est si bête à dire, un simple numéro, mais c'était celui que j'avais toujours rêvé de porter ...

Cela faisait dix jours que les progrès de Mistral avaient pris une toute nouvelle tournure. Aérien, léger, brillant, souple ... Les mouvements s'enchaînaient de mieux en mieux, le galop devenait plus fluide, les changements de pied plus coulants.

Une forme « olympique » et pourtant, sans trop savoir pourquoi, je craignais de ne pouvoir exploiter ces changements sur la piste, redoutant le stress de la compétition et la pression des sélections.

Mais Mistral l'avait entendu d'une autre oreille. Il était prêt. Il a répondu présent. Joueur mais pas trop, vif sans être énervé, concentré et non stressé, nous avons enfin réussi le pari de franchir un cap.

C'est ainsi que nous sortirons 5ème de la A7 avec 65,7%, 6ème du Saint Georges avec 66,1% et 6ème de la Kür avec 68,33% ... Une belle récompense pour cette ultime étape avant les Championnats d'Europe. Ferons-nous partie du voyage ? Nous ne le savons pas encore, mais une chose est sûre, c'est que ce week-end, j'aurai pris un plaisir inégalé à monter chaque figure de mes reprises.

Merci à tous ceux qui étaient présents pour cette belle entente qui régnait entre nous et ces jolis moments passés ensemble ... A chaque concours son histoire. Bravo à tous !

# Posté le lundi 09 juin 2008 10:22

Quand le rideau tombe ...

Paris, Garde Républicaine.

Un soleil qui réchauffe le c½ur et colore les joues, des fous rires qui font du bien, de belles rencontres et, surtout, de jolis moments qui resteront gravés là, dans ce petit tiroir à secret si personnel que l'on appelle « Souvenir ».

Vendredi, Saint Georges, Samedi, A7, nous terminons 4èmes et 3èmes de ces épreuves ... Des classements qui font sourire, des efforts récompensés, un travail qui commence à porter ses fruits.

Dimanche, dernier jour de concours, nous nous élançons sur notre première Reprise Libre en Musique. Nous n'avons pas eu le temps de la travailler, Mistral n'a jamais fait de Kür ... Les notes de « l'Etrange noël de Mr Jack » et « d'Harry Potter » nous portent mais mon bel étalon, pourtant étrangement calme à la détente, s'inquiète et monte fortement en pression sur le rectangle. C'est alors que les fautes au galop s'enchaînent, que le pas s'avère compliqué, et que la tâche devient délicate.

C – Doubler au galop – Transition au pas – Demi-pirouette – Arrêt, immobilité, salut. Je sors du rectangle pensive et mitigée, j'aurais tant aimé finir ce week-end en beauté ... Et puis, alors que je longe tranquillement la lisse pour rejoindre le paddock, me mordant l'intérieur des joues comme je sais si bien le faire lorsque je me perds dans mes pensées, j'aperçois Jean Marc qui s'avance vers moi, la caméra à la main, cherchant dans mes yeux la déception ou la joie, attendant patiemment mon verdict puisque pour lui, les notes des juges ne représentent pas grand chose. Il a ce petit air soucieux et attentif du papa inquiet de devoir faire face aux éventuels ravages que peuvent parfois provoquer trop d'espoirs réduits à néant en quelques minutes. Ce regard-là, je ne l'oublierai jamais ... Un regard rempli de pudeur, de tendresse, de douceur ... Un regard plein d'intérêt et de respect pour cette passion que je voue à un sport dont il n'apprécie pourtant ni les règles ni les valeurs ... Un regard sans gêne qui veut tout simplement dire « je t'aime ». C'est alors que mes doutes s'envolent et que le sourire timide que j'arborais en sortie de piste s'illumine.

Cette présence simple et discrète aura été mon plus beau cadeau du week-end. Un soutien silencieux, une aide efficace, une oreille attentive ... Comme une équipe bien rôdée dont les c½urs battent à l'unisson. Pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi, le chemin des compétitions internationales fut parfois sinueux, les rôles de chacun un peu flous, les incompréhensions difficiles ... Pourtant, par un beau dimanche ensoleillé, le rideau est tombé, emportant avec lui cette ombre qui nous voilait les yeux depuis trop longtemps ...

Merci ...
Quand le rideau tombe ...

# Posté le mardi 27 mai 2008 14:49

Il s'appelle Fabien GODELLE ...

Il s'appelle Fabien GODELLE ...
Lorsque j'ai rencontré Philippe, j'avais laissé derrière moi la compétition et troqué ma veste à col rouge contre les costumes colorés du théâtre. Je l'ai tout de suite adoré, lui, ce grand monsieur en noir, avec sa grosse voix, ses démonstrations passionnées, et son ½il pétillant. C'est alors qu'il m'a convaincue de me remettre au sport de haut niveau, de continuer l'aventure encore un peu, et de venir vivre à Saumur. Je ne voulais pourtant pas en faire mon métier, j'avais tiré un trait sur ce passé ... Mais il a effacé mes ratures pour que j'y écrive mon avenir.

J'ai donc tout quitté, ma famille, mes amis, ma vie, au nom de ces étoiles qu'il m'avait mises dans les yeux et auxquelles je voulais tant croire. Et puis, arrivée à l'ENE, nos chemins se sont écartés. Il était débordé, j'étais pied, nous nous croisions sans vraiment nous voir. J'ai donc suivi cette formation pour laquelle je n'avais que peu d'ambition et ai continué à avancer coûte que coûte ... Jusqu'au jour où un certain Fabien m'a tendu la main et prêté son cheval ... Donatello. Ce fut certainement la plus douce période de ma vie de sportive. Ensemble, nous n'avions pas besoin de beaucoup de mots pour nous comprendre. Ensemble, le quotidien était plus léger. Ensemble, nous avions bâti tant de beaux projets.

Il m'a protégée de tout, enfermée dans un cocon douillet, à l'abri des regards indiscrets, pour que la violence de notre monde ne puisse plus m'atteindre, et permis de devenir ainsi, l'espace de quelques mois, simplement intouchable. A cette époque, je me sentais forte, sereine, épanouie et si j'avais le malheur de vaciller l'espace d'un instant, il devenait la béquille dont j'avais besoin pour redresser l'édifice.

Mais le destin est parfois capricieux et le mal être de Donatello a écourté ces deux belles années de compétitions internationales que nous nous préparions à vivre. C'est à ce moment-là que Philippe est réapparu dans mon quotidien en m'offrant la chance de monter le beau Joeris ... Fabien s'est effacé, certainement par pudeur et par humilité. Nous avons coupé tout lien, comme si l'histoire de ce cheval auquel nous tenions tant tous les deux était un fardeau trop lourd à porter, et nous ne nous sommes presque jamais reparlés ... Il s'est installé comme une sorte de gêne silencieuse, de pacte muet, de page qui se tourne et que l'on préfère oublier un peu. Pourtant, il restera celui qui ne m'a jamais trahie, celui qui a su, avant tout, m'écouter, me comprendre, et ne pas faire de ses espoirs les miens. Il s'est simplement contenté de faire vivre mes rêves et de m'offrir un monde plus doux ...

Alors aujourd'hui, et parce que ce vide laissé entre nous par Donatello ne m'a jamais donné l'occasion de le remercier, je voudrais lui dire qu'il est le seul, en dehors des membres de ma famille, qui a mon respect éternel. Qu'il est le seul a avoir ma confiance aveugle. Qu'il est le seul dont rien ni personne ne pourra jamais venir entacher le souvenir ...

Merci à cet ange gardien d'un jour qui a su me fabriquer un petit coin de paradis que je ne suis pas prête d'oublier.

# Posté le mercredi 07 mai 2008 18:29

Modifié le mardi 13 mai 2008 03:58