16h57, nous rentrons avec Mistral. Le cheval est très serein, détendu, décontracté. Je décide de monter la reprise dans ce calme-là, sans le bousculer, assurant chaque mouvement, veillant à garder une cadence constante, essayant de conserver sa stabilité. Le trot est fluide, le galop moins contracté que d'habitude, nous n'aurons aucune faute, simplement un petit manque de brillant par moment ... A ce stade de notre travail, l'objectif est atteint, Mistral est encore trop jeune pour que je le bouscule et que je cherche à aller gagner des points, nous sortons avec 64,667% ... Le juge allemand ne l'a pas beaucoup aimé, les autres oui, je suis contente de lui, de nous, de cette reprise dont j'ai savouré chaque minute.
19h, nous découvrons avec joie qu'au terme de cette première journée la « France 1 », à savoir : Antoine, Julie, Olivia et moi, remporte l'épreuve par équipe.
Samedi, 8h. Nous avons la lourde tâche de partir en numéro 1 avec Mistral. Difficile d'ouvrir le bal en dressage, surtout lorsque les juges ont du mal à se mettre d'accord sur un cheval. La reprise a plus de brillo que l'avant veille, Mimi trotte plus fort, le début de l'enchaînement se déroule sans heurt, mais le travail au galop est plus compliqué. Nous ne déroulons jamais le « Saint Georges » à la maison et les efforts répétés le font monter en pression. J'essaie de le décontracter calmement, profite des petits côtés pour le rassurer, mais malgré tout il me vole deux changements de pied en fin de reprise. Au final, nous sortons à 63,2% car, une fois de plus, les deux juges allemands nous mettent loin derrière. Cet écart donnera d'ailleurs lieu à une grande discussion car notre travail semble trop fluide aux yeux de ces deux derniers qu'une équitation plus sévère rassure ... Je ne changerai pourtant pas, ma vision des choses est tout autre, je préfère la légèreté et la discrétion ...
11h27 ... Nos chances de partir dans la Kür avec Mistral étant désormais réduites à néant, je place tous mes espoirs en Joeris et suis plus motivée que jamais. Une fois de plus, la détente se déroule à merveille, le cheval est brillant, tonique, souple, tout semble facile ... A tel point que des espagnols se déplacent pour suivre ma reprise de près ... Malheureusement, une fois de plus, à peine entré sur le rectangle, Joeris reprendra ses droits et, malgré ses 17ans, il me fera deux très gros écarts dans le travail au galop qui nous coûterons cher.
Un concours avorté et cette sensation d'impuissance que je connais désormais si bien. Pourtant je me suis battue jusqu'au bout, pourtant contrairement à l'année dernière, il n'a pas réussi à m'impressionner, pourtant j'avais décidé que ce concours serait le nôtre ... Mais on ne peut rien contre un étalon qui ne veut plus jouer, alors il faut garder le sourire et se relever encore pour avancer toujours.
Aujourd'hui mon avenir s'appelle Mistral, mais une chose est sûre, c'est que Joeris m'aura appris l'opiniâtreté et la persévérance, l'ambition et la désillusion. Il me restera de notre histoire cette candeur qui donne envie d'y croire un peu plus chaque jour pour que le rêve continue encore un peu. Mon bel étalon noir aura fait revivre cette partie de mon âme d'enfant ... Il en restera à jamais le gardien.




