Il s'appelle Fabien GODELLE ...

Il s'appelle Fabien GODELLE ...
Lorsque j'ai rencontré Philippe, j'avais laissé derrière moi la compétition et troqué ma veste à col rouge contre les costumes colorés du théâtre. Je l'ai tout de suite adoré, lui, ce grand monsieur en noir, avec sa grosse voix, ses démonstrations passionnées, et son ½il pétillant. C'est alors qu'il m'a convaincue de me remettre au sport de haut niveau, de continuer l'aventure encore un peu, et de venir vivre à Saumur. Je ne voulais pourtant pas en faire mon métier, j'avais tiré un trait sur ce passé ... Mais il a effacé mes ratures pour que j'y écrive mon avenir.

J'ai donc tout quitté, ma famille, mes amis, ma vie, au nom de ces étoiles qu'il m'avait mises dans les yeux et auxquelles je voulais tant croire. Et puis, arrivée à l'ENE, nos chemins se sont écartés. Il était débordé, j'étais pied, nous nous croisions sans vraiment nous voir. J'ai donc suivi cette formation pour laquelle je n'avais que peu d'ambition et ai continué à avancer coûte que coûte ... Jusqu'au jour où un certain Fabien m'a tendu la main et prêté son cheval ... Donatello. Ce fut certainement la plus douce période de ma vie de sportive. Ensemble, nous n'avions pas besoin de beaucoup de mots pour nous comprendre. Ensemble, le quotidien était plus léger. Ensemble, nous avions bâti tant de beaux projets.

Il m'a protégée de tout, enfermée dans un cocon douillet, à l'abri des regards indiscrets, pour que la violence de notre monde ne puisse plus m'atteindre, et permis de devenir ainsi, l'espace de quelques mois, simplement intouchable. A cette époque, je me sentais forte, sereine, épanouie et si j'avais le malheur de vaciller l'espace d'un instant, il devenait la béquille dont j'avais besoin pour redresser l'édifice.

Mais le destin est parfois capricieux et le mal être de Donatello a écourté ces deux belles années de compétitions internationales que nous nous préparions à vivre. C'est à ce moment-là que Philippe est réapparu dans mon quotidien en m'offrant la chance de monter le beau Joeris ... Fabien s'est effacé, certainement par pudeur et par humilité. Nous avons coupé tout lien, comme si l'histoire de ce cheval auquel nous tenions tant tous les deux était un fardeau trop lourd à porter, et nous ne nous sommes presque jamais reparlés ... Il s'est installé comme une sorte de gêne silencieuse, de pacte muet, de page qui se tourne et que l'on préfère oublier un peu. Pourtant, il restera celui qui ne m'a jamais trahie, celui qui a su, avant tout, m'écouter, me comprendre, et ne pas faire de ses espoirs les miens. Il s'est simplement contenté de faire vivre mes rêves et de m'offrir un monde plus doux ...

Alors aujourd'hui, et parce que ce vide laissé entre nous par Donatello ne m'a jamais donné l'occasion de le remercier, je voudrais lui dire qu'il est le seul, en dehors des membres de ma famille, qui a mon respect éternel. Qu'il est le seul a avoir ma confiance aveugle. Qu'il est le seul dont rien ni personne ne pourra jamais venir entacher le souvenir ...

Merci à cet ange gardien d'un jour qui a su me fabriquer un petit coin de paradis que je ne suis pas prête d'oublier.

# Posted on Wednesday, 07 May 2008 at 6:29 PM

Edited on Tuesday, 13 May 2008 at 3:58 AM

Echec et Mat ... Peut être pas tant que ça !

Jeudi,15h08. Après une détente de rêve dans la carrière du Pôle France, nous descendons sur le rectangle des 10 minutes. A peine arrivé, Joeris se tend, devient rigide, son galop est saccadé, les changements de pied ne passent plus, son dos se crispe ... Nous rentrons en piste, je fais monter la pression d'un cran pour essayer de reprendre le dessus sur mon étalon noir mais je le sens absent, la tête ailleurs, il ne se concentre plus que sur le cheval arrêté au loin. La reprise est difficile, je monte chaque mouvement plus fort que d'habitude, la technique passe mais la tension est palpable ... Les notes s'en font ressentir, avec 63,7% je sors déçue mais décidée à me tourner vers la reprise de samedi qui aura lieu sur la carrière d'honneur, SA carrière ...

16h57, nous rentrons avec Mistral. Le cheval est très serein, détendu, décontracté. Je décide de monter la reprise dans ce calme-là, sans le bousculer, assurant chaque mouvement, veillant à garder une cadence constante, essayant de conserver sa stabilité. Le trot est fluide, le galop moins contracté que d'habitude, nous n'aurons aucune faute, simplement un petit manque de brillant par moment ... A ce stade de notre travail, l'objectif est atteint, Mistral est encore trop jeune pour que je le bouscule et que je cherche à aller gagner des points, nous sortons avec 64,667% ... Le juge allemand ne l'a pas beaucoup aimé, les autres oui, je suis contente de lui, de nous, de cette reprise dont j'ai savouré chaque minute.

19h, nous découvrons avec joie qu'au terme de cette première journée la « France 1 », à savoir : Antoine, Julie, Olivia et moi, remporte l'épreuve par équipe.

Samedi, 8h. Nous avons la lourde tâche de partir en numéro 1 avec Mistral. Difficile d'ouvrir le bal en dressage, surtout lorsque les juges ont du mal à se mettre d'accord sur un cheval. La reprise a plus de brillo que l'avant veille, Mimi trotte plus fort, le début de l'enchaînement se déroule sans heurt, mais le travail au galop est plus compliqué. Nous ne déroulons jamais le « Saint Georges » à la maison et les efforts répétés le font monter en pression. J'essaie de le décontracter calmement, profite des petits côtés pour le rassurer, mais malgré tout il me vole deux changements de pied en fin de reprise. Au final, nous sortons à 63,2% car, une fois de plus, les deux juges allemands nous mettent loin derrière. Cet écart donnera d'ailleurs lieu à une grande discussion car notre travail semble trop fluide aux yeux de ces deux derniers qu'une équitation plus sévère rassure ... Je ne changerai pourtant pas, ma vision des choses est tout autre, je préfère la légèreté et la discrétion ...

11h27 ... Nos chances de partir dans la Kür avec Mistral étant désormais réduites à néant, je place tous mes espoirs en Joeris et suis plus motivée que jamais. Une fois de plus, la détente se déroule à merveille, le cheval est brillant, tonique, souple, tout semble facile ... A tel point que des espagnols se déplacent pour suivre ma reprise de près ... Malheureusement, une fois de plus, à peine entré sur le rectangle, Joeris reprendra ses droits et, malgré ses 17ans, il me fera deux très gros écarts dans le travail au galop qui nous coûterons cher.

Un concours avorté et cette sensation d'impuissance que je connais désormais si bien. Pourtant je me suis battue jusqu'au bout, pourtant contrairement à l'année dernière, il n'a pas réussi à m'impressionner, pourtant j'avais décidé que ce concours serait le nôtre ... Mais on ne peut rien contre un étalon qui ne veut plus jouer, alors il faut garder le sourire et se relever encore pour avancer toujours.

Aujourd'hui mon avenir s'appelle Mistral, mais une chose est sûre, c'est que Joeris m'aura appris l'opiniâtreté et la persévérance, l'ambition et la désillusion. Il me restera de notre histoire cette candeur qui donne envie d'y croire un peu plus chaque jour pour que le rêve continue encore un peu. Mon bel étalon noir aura fait revivre cette partie de mon âme d'enfant ... Il en restera à jamais le gardien.

Echec et Mat ... Peut être pas tant que ça !

# Posted on Sunday, 27 April 2008 at 2:50 PM

Edited on Sunday, 27 April 2008 at 5:07 PM

Saumur 2008 ... Parce que pour moi, ce concours a une signification toute particulière ...

Saumur 2008 ... Parce que pour moi, ce concours a une signification toute particulière ...
Saumur ... CDIYR ... Avril 2008.

Tant d'espoir placé dans ce concours l'année dernière ... Tant de déception devant mon impuissance à gérer mon bel étalon noir qui, chez lui, n'avait pas voulu jouer ...

Aujourd'hui on prend les mêmes, on y ajoute mon merveilleux Mistral, et on recommence l'aventure ... Toujours avec ce coeur qui bat plus fort que pour n'importe quelle autre échéance parce qu'ici, nous sommes chez nous ... Toujours avec cet espoir resté intact de réussir à réaliser ce rêve de petite fille devenue grande.

Parce que je veux croire en 2008, en Mistral, en Joeris, en nous trois ... Parce que cette année je n'ai plus peur de ne pas être à la hauteur ... Parce que cette fois-ci, je sais que je suis prête et j'ai confiance en eux.

# Posted on Monday, 21 April 2008 at 1:10 PM

Sans artifice ...

Sans artifice …

Donatello du Rivau ENE HN n'est plus, il ne reste de lui que Doudou ... Cheval à l'état sauvage, libre comme l'air, ivre de vie, fier d'être ce qu'il est devenu.

Il est si loin, le temps où il rentrait sur les rectangles de dressage avec cette encolure incroyable et ce caractère coléreux. Aujourd'hui les muscles se sont défaits, on ne le repère plus de loin, son passé glorieux s'est effacé au fil des jours pour ne laisser de lui qu'un vague souvenir ... Pourtant, dans cet anonymat, je le sens heureux comme il ne l'a jamais été, parce qu'après tout à ses yeux la lumière des projecteurs ne veut pas dire grand chose, parce que l'on donne souvent aux chevaux nos intentions et pas les leurs, parce qu'on oublie trop vite qu'ils ne partagent ni nos prétentions, ni nos centres d'intérêt ...

Je pourrais le regarder pendant des heures, ce cheval aux poils auburn couverts par l'argile de son pré ... Il est tellement beau lorsqu'il galope jusqu'à en perdre l'équilibre, tellement puissant lorsqu'il fend l'air de ses sauts de mouton, tellement paisible lorsque le calme revient et qu'il s'arrête enfin pour brouter l'herbe qui jonche le sol ...

Donatello du Rivau ENE HN n'est plus, il ne reste de lui que Doudou ... Cheval à l'état sauvage, libre comme l'air, ivre de vie, fier d'être ce qu'il est devenu ...


Et c'est ainsi, dans cette sobriété là, que je l'aime plus que tout !

# Posted on Saturday, 12 April 2008 at 1:40 PM

Edited on Sunday, 13 April 2008 at 9:54 AM

Divine liberté !

Aujourd'hui, veille de Jardy.

Nous partons en balade avec Joeris. La grisaille et la pluie de ces derniers jours ont laissé place à un doux soleil printanier accompagné d'une petite brise légère. Rênes longues, le nez au vent, nous prenons simplement le temps de vivre et de profiter du calme de la nature qui nous entoure.

Sur le chemin du retour, nous arrivons à l'intersection de la piste de galop. Tout juste damée, elle est splendide, le sable ocre jaune est lisse comme une plage, l'appel du large se fait sentir. J'ajuste donc mes rênes pour partir au petit galop ... Puis, petit à petit, Joeris vient prendre du contact, sans la moindre nervosité, simplement pour conserver son équilibre au fur et à mesure que sa foulée s'allonge. Mes yeux pleurent, aveuglés par le vent et la vitesse, le souffle de mon bel étalon devient de plus en plus fort tout en conservant son rythme régulier ... J'ai l'impression de voler, ivre de liberté, ivre de vie, ivre de légèreté.

Etrange sensation que ce galop d'une puissance inouïe dans la sérénité des pistes désertes. Je sens Joeris aussi surpris que moi, nous avançons sans le moindre but, sans objectif donné, simplement guidés par cette longue allée de sable et cette cadence infernale. A cet instant précis, nous ne faisons plus qu'un, réunis par ce même sentiment de liberté absolue ...

En rentrant à l'écurie Joeris me fait des câlins, le pansage prendra plus de temps que d'habitude, c'est lui qui me le demande. Il pose délicatement ses lèvres sur mon bout du nez et reste ainsi quelques secondes, les yeux fermés. Je m'assois dans son boxe, il étend son encolure pour poser sa tête sur mon épaule, là, tout contre ma joue. Commence alors une longue série de bisous, je ne l'ai jamais vu comme ça, envolé l'étalon sauvage qui attaque lorsque l'on rentre dans son boxe, tout est douceur et tendresse, calme et harmonie.

Parce que lorsque j'étais enfant c'était ce bonheur là qui me faisait me lever chaque matin d'été pour aller seller mon poney ... Et que j'avais oublié à quel point il pouvait être important.

Divine liberté !

# Posted on Wednesday, 02 April 2008 at 12:54 PM

Edited on Wednesday, 02 April 2008 at 1:17 PM