Echec et Mat ... Peut être pas tant que ça !

Jeudi,15h08. Après une détente de rêve dans la carrière du Pôle France, nous descendons sur le rectangle des 10 minutes. A peine arrivé, Joeris se tend, devient rigide, son galop est saccadé, les changements de pied ne passent plus, son dos se crispe ... Nous rentrons en piste, je fais monter la pression d'un cran pour essayer de reprendre le dessus sur mon étalon noir mais je le sens absent, la tête ailleurs, il ne se concentre plus que sur le cheval arrêté au loin. La reprise est difficile, je monte chaque mouvement plus fort que d'habitude, la technique passe mais la tension est palpable ... Les notes s'en font ressentir, avec 63,7% je sors déçue mais décidée à me tourner vers la reprise de samedi qui aura lieu sur la carrière d'honneur, SA carrière ...

16h57, nous rentrons avec Mistral. Le cheval est très serein, détendu, décontracté. Je décide de monter la reprise dans ce calme-là, sans le bousculer, assurant chaque mouvement, veillant à garder une cadence constante, essayant de conserver sa stabilité. Le trot est fluide, le galop moins contracté que d'habitude, nous n'aurons aucune faute, simplement un petit manque de brillant par moment ... A ce stade de notre travail, l'objectif est atteint, Mistral est encore trop jeune pour que je le bouscule et que je cherche à aller gagner des points, nous sortons avec 64,667% ... Le juge allemand ne l'a pas beaucoup aimé, les autres oui, je suis contente de lui, de nous, de cette reprise dont j'ai savouré chaque minute.

19h, nous découvrons avec joie qu'au terme de cette première journée la « France 1 », à savoir : Antoine, Julie, Olivia et moi, remporte l'épreuve par équipe.

Samedi, 8h. Nous avons la lourde tâche de partir en numéro 1 avec Mistral. Difficile d'ouvrir le bal en dressage, surtout lorsque les juges ont du mal à se mettre d'accord sur un cheval. La reprise a plus de brillo que l'avant veille, Mimi trotte plus fort, le début de l'enchaînement se déroule sans heurt, mais le travail au galop est plus compliqué. Nous ne déroulons jamais le « Saint Georges » à la maison et les efforts répétés le font monter en pression. J'essaie de le décontracter calmement, profite des petits côtés pour le rassurer, mais malgré tout il me vole deux changements de pied en fin de reprise. Au final, nous sortons à 63,2% car, une fois de plus, les deux juges allemands nous mettent loin derrière. Cet écart donnera d'ailleurs lieu à une grande discussion car notre travail semble trop fluide aux yeux de ces deux derniers qu'une équitation plus sévère rassure ... Je ne changerai pourtant pas, ma vision des choses est tout autre, je préfère la légèreté et la discrétion ...

11h27 ... Nos chances de partir dans la Kür avec Mistral étant désormais réduites à néant, je place tous mes espoirs en Joeris et suis plus motivée que jamais. Une fois de plus, la détente se déroule à merveille, le cheval est brillant, tonique, souple, tout semble facile ... A tel point que des espagnols se déplacent pour suivre ma reprise de près ... Malheureusement, une fois de plus, à peine entré sur le rectangle, Joeris reprendra ses droits et, malgré ses 17ans, il me fera deux très gros écarts dans le travail au galop qui nous coûterons cher.

Un concours avorté et cette sensation d'impuissance que je connais désormais si bien. Pourtant je me suis battue jusqu'au bout, pourtant contrairement à l'année dernière, il n'a pas réussi à m'impressionner, pourtant j'avais décidé que ce concours serait le nôtre ... Mais on ne peut rien contre un étalon qui ne veut plus jouer, alors il faut garder le sourire et se relever encore pour avancer toujours.

Aujourd'hui mon avenir s'appelle Mistral, mais une chose est sûre, c'est que Joeris m'aura appris l'opiniâtreté et la persévérance, l'ambition et la désillusion. Il me restera de notre histoire cette candeur qui donne envie d'y croire un peu plus chaque jour pour que le rêve continue encore un peu. Mon bel étalon noir aura fait revivre cette partie de mon âme d'enfant ... Il en restera à jamais le gardien.

Echec et Mat ... Peut être pas tant que ça !

# Posté le dimanche 27 avril 2008 14:50

Modifié le dimanche 27 avril 2008 17:07

Saumur 2008 ... Parce que pour moi, ce concours a une signification toute particulière ...

Saumur 2008 ... Parce que pour moi, ce concours a une signification toute particulière ...
Saumur ... CDIYR ... Avril 2008.

Tant d'espoir placé dans ce concours l'année dernière ... Tant de déception devant mon impuissance à gérer mon bel étalon noir qui, chez lui, n'avait pas voulu jouer ...

Aujourd'hui on prend les mêmes, on y ajoute mon merveilleux Mistral, et on recommence l'aventure ... Toujours avec ce coeur qui bat plus fort que pour n'importe quelle autre échéance parce qu'ici, nous sommes chez nous ... Toujours avec cet espoir resté intact de réussir à réaliser ce rêve de petite fille devenue grande.

Parce que je veux croire en 2008, en Mistral, en Joeris, en nous trois ... Parce que cette année je n'ai plus peur de ne pas être à la hauteur ... Parce que cette fois-ci, je sais que je suis prête et j'ai confiance en eux.

# Posté le lundi 21 avril 2008 13:10

Sans artifice ...

Sans artifice …

Donatello du Rivau ENE HN n'est plus, il ne reste de lui que Doudou ... Cheval à l'état sauvage, libre comme l'air, ivre de vie, fier d'être ce qu'il est devenu.

Il est si loin, le temps où il rentrait sur les rectangles de dressage avec cette encolure incroyable et ce caractère coléreux. Aujourd'hui les muscles se sont défaits, on ne le repère plus de loin, son passé glorieux s'est effacé au fil des jours pour ne laisser de lui qu'un vague souvenir ... Pourtant, dans cet anonymat, je le sens heureux comme il ne l'a jamais été, parce qu'après tout à ses yeux la lumière des projecteurs ne veut pas dire grand chose, parce que l'on donne souvent aux chevaux nos intentions et pas les leurs, parce qu'on oublie trop vite qu'ils ne partagent ni nos prétentions, ni nos centres d'intérêt ...

Je pourrais le regarder pendant des heures, ce cheval aux poils auburn couverts par l'argile de son pré ... Il est tellement beau lorsqu'il galope jusqu'à en perdre l'équilibre, tellement puissant lorsqu'il fend l'air de ses sauts de mouton, tellement paisible lorsque le calme revient et qu'il s'arrête enfin pour brouter l'herbe qui jonche le sol ...

Donatello du Rivau ENE HN n'est plus, il ne reste de lui que Doudou ... Cheval à l'état sauvage, libre comme l'air, ivre de vie, fier d'être ce qu'il est devenu ...


Et c'est ainsi, dans cette sobriété là, que je l'aime plus que tout !

# Posté le samedi 12 avril 2008 13:40

Modifié le dimanche 13 avril 2008 09:54

Divine liberté !

Aujourd'hui, veille de Jardy.

Nous partons en balade avec Joeris. La grisaille et la pluie de ces derniers jours ont laissé place à un doux soleil printanier accompagné d'une petite brise légère. Rênes longues, le nez au vent, nous prenons simplement le temps de vivre et de profiter du calme de la nature qui nous entoure.

Sur le chemin du retour, nous arrivons à l'intersection de la piste de galop. Tout juste damée, elle est splendide, le sable ocre jaune est lisse comme une plage, l'appel du large se fait sentir. J'ajuste donc mes rênes pour partir au petit galop ... Puis, petit à petit, Joeris vient prendre du contact, sans la moindre nervosité, simplement pour conserver son équilibre au fur et à mesure que sa foulée s'allonge. Mes yeux pleurent, aveuglés par le vent et la vitesse, le souffle de mon bel étalon devient de plus en plus fort tout en conservant son rythme régulier ... J'ai l'impression de voler, ivre de liberté, ivre de vie, ivre de légèreté.

Etrange sensation que ce galop d'une puissance inouïe dans la sérénité des pistes désertes. Je sens Joeris aussi surpris que moi, nous avançons sans le moindre but, sans objectif donné, simplement guidés par cette longue allée de sable et cette cadence infernale. A cet instant précis, nous ne faisons plus qu'un, réunis par ce même sentiment de liberté absolue ...

En rentrant à l'écurie Joeris me fait des câlins, le pansage prendra plus de temps que d'habitude, c'est lui qui me le demande. Il pose délicatement ses lèvres sur mon bout du nez et reste ainsi quelques secondes, les yeux fermés. Je m'assois dans son boxe, il étend son encolure pour poser sa tête sur mon épaule, là, tout contre ma joue. Commence alors une longue série de bisous, je ne l'ai jamais vu comme ça, envolé l'étalon sauvage qui attaque lorsque l'on rentre dans son boxe, tout est douceur et tendresse, calme et harmonie.

Parce que lorsque j'étais enfant c'était ce bonheur là qui me faisait me lever chaque matin d'été pour aller seller mon poney ... Et que j'avais oublié à quel point il pouvait être important.

Divine liberté !

# Posté le mercredi 02 avril 2008 12:54

Modifié le mercredi 02 avril 2008 13:17

Parce que parfois la photographie permet d'immortaliser des instants que l'on aimerait ne jamais oublier.

Parce que parfois la photographie permet d'immortaliser des instants que l'on aimerait ne jamais oublier.
Il était si beau, ce petit étalon aux longs crins stationné au Haras du Pin ... elle était si curieuse, ma jolie boule de poils noire.

Au détour d'une allée, c'est elle qui l'a vue la première. Il avait passé la tête sous la chaîne qui le retenait dans son boxe et semblait s'ennuyer dans cette écurie aussi immense que vide de toute vie. Le bruit de son sabot battant la mesure sur le sol en tommettes venait se répercuter sur les voûtes du plafond en un écho aussi lancinant qu'interminable, il était 16 heures 30, un samedi de septembre.

Et puis, elle s'est plantée devant lui. C'est alors qu'il s'est aperçu de sa présence. Aussitôt le bruit a cessé, laissant place à un silence aussi respectueux qu'apaisant et apaisé. Les yeux dans les yeux, Alaya s'est assise à quelques centimètres de son bout du nez, hochant la tête par moments, comme s'il s'était instauré entre eux un dialogue silencieux.

Petit à petit, les naseaux de l'étalon se sont rapprochés du petit être noir qui l'observait, tout en douceur, avec d'infinies précautions. Sentant le souffle chaud sur sa truffe humide, ma chienne a émis un léger grognement étouffé, maintenant ainsi son compagnon à une distance respectable ... Il s'est exécuté sans broncher, interrompant son avancée, maintenant l'écart qui lui était imposé. Elle, elle n'a pas bougé. Entre eux, pas la moidre crainte, un simple accord tacite passé dans la pénombre d'un bâtiment vieux de tant d'années.

Cet instant s'est éternisé ... Immobiles, plongés dans un univers leur appartenant, le monde s'est arrêté pour eux deux l'espace de quelques minutes suspendues.

A cet instant précis, fascinée par l'intensité de leurs regards, je me suis sentie de trop dans cette intimité naissante. Alors je me suis reculée, respectant leur tête à tête, et attendant que celui-ci ne se termine.

# Posté le samedi 15 mars 2008 12:56

Modifié le samedi 15 mars 2008 13:17