Au détour d'une allée, c'est elle qui l'a vue la première. Il avait passé la tête sous la chaîne qui le retenait dans son boxe et semblait s'ennuyer dans cette écurie aussi immense que vide de toute vie. Le bruit de son sabot battant la mesure sur le sol en tommettes venait se répercuter sur les voûtes du plafond en un écho aussi lancinant qu'interminable, il était 16 heures 30, un samedi de septembre.
Et puis, elle s'est plantée devant lui. C'est alors qu'il s'est aperçu de sa présence. Aussitôt le bruit a cessé, laissant place à un silence aussi respectueux qu'apaisant et apaisé. Les yeux dans les yeux, Alaya s'est assise à quelques centimètres de son bout du nez, hochant la tête par moments, comme s'il s'était instauré entre eux un dialogue silencieux.
Petit à petit, les naseaux de l'étalon se sont rapprochés du petit être noir qui l'observait, tout en douceur, avec d'infinies précautions. Sentant le souffle chaud sur sa truffe humide, ma chienne a émis un léger grognement étouffé, maintenant ainsi son compagnon à une distance respectable ... Il s'est exécuté sans broncher, interrompant son avancée, maintenant l'écart qui lui était imposé. Elle, elle n'a pas bougé. Entre eux, pas la moidre crainte, un simple accord tacite passé dans la pénombre d'un bâtiment vieux de tant d'années.
Cet instant s'est éternisé ... Immobiles, plongés dans un univers leur appartenant, le monde s'est arrêté pour eux deux l'espace de quelques minutes suspendues.
A cet instant précis, fascinée par l'intensité de leurs regards, je me suis sentie de trop dans cette intimité naissante. Alors je me suis reculée, respectant leur tête à tête, et attendant que celui-ci ne se termine.




